La question semble simple : quelle est la plus grande montagne du monde ? Mais dès qu’on précise le critère de mesure, la réponse change. Altitude au-dessus du niveau de la mer, hauteur mesurée depuis la base, distance au centre de la Terre – trois critères valides qui désignent trois montagnes différentes. Voici ce que chaque méthode implique concrètement.
L’Everest et l’altitude officielle au-dessus du niveau de la mer
L’Everest, dans l’Himalaya, entre le Népal et la Chine, est officiellement reconnu comme le plus haut sommet du monde. Sa hauteur actuellement retenue est de 8 848,86 mètres, publiée conjointement par la Chine et le Népal en 2020.
Ce chiffre appelle une précision technique. Le « niveau de la mer » sous l’Everest n’est pas mesuré directement sur place : il est calculé à partir d’un modèle du géoïde, construit à l’aide de données gravimétriques et satellitaires. On ne mesure pas la mer depuis Katmandou – on modélise la surface de référence.
La mesure de 2020 intègre également la couverture neigeuse au sommet, et non la roche nue. Une précédente campagne chinoise avait distingué les deux. C’est une différence de définition, pas une erreur : mesurer la neige ou le rocher donne des chiffres légitimement différents.
L’Everest s’élève aussi lentement sous l’effet de processus géologiques actifs. Une étude publiée dans Nature Geoscience en septembre 2024 propose que la capture et l’érosion du réseau fluvial de l’Arun aient contribué au soulèvement de la région en déchargeant la croûte terrestre. L’altitude officielle n’est donc pas une donnée figée.
Mauna Kea : la montagne la plus haute depuis sa base

Si on mesure une montagne depuis son pied jusqu’à son sommet, la réponse change. Le Mauna Kea, volcan de l’île d’Hawaï, prend alors la tête du classement.
Sa particularité : il prend naissance au fond de l’océan Pacifique. La plus grande partie de sa hauteur totale est submergée. Depuis sa base sous-marine jusqu’à son sommet, le Mauna Kea dépasse l’Everest en hauteur absolue.
Au-dessus du niveau de la mer, son sommet reste bien en dessous de l’Everest. La méthode de mesure base-sommet favorise mécaniquement les reliefs dont la base est enfouie sous l’eau.
Chimborazo : le sommet le plus éloigné du centre de la Terre
Un troisième critère entre en jeu quand on s’intéresse à la distance entre un sommet et le centre de la Terre. Et là, ni l’Everest ni le Mauna Kea ne gagnent.
Le Chimborazo, volcan des Andes en Équateur, est le vainqueur sur ce terrain. La raison est géophysique : la Terre n’est pas une sphère parfaite. Elle est légèrement aplatie aux pôles et renflée à l’équateur. Le renflement équatorial fait que les points situés près de l’équateur sont naturellement plus éloignés du centre terrestre, quelle que soit leur altitude mesurée au-dessus du niveau de la mer.
Or le Chimborazo se trouve à moins de deux degrés de l’équateur. Son sommet, mesuré depuis le centre de la Terre, est plus éloigné que celui de l’Everest, même si son altitude au-dessus du niveau de la mer est beaucoup plus basse.
Trois critères, trois vainqueurs : tableau comparatif
| Critère de mesure | Montagne | Localisation |
|---|---|---|
| Altitude au-dessus du niveau de la mer | Everest | Himalaya, Népal/Chine |
| Hauteur totale depuis la base | Mauna Kea | Hawaï, États-Unis |
| Distance au centre de la Terre | Chimborazo | Andes, Équateur |
Pourquoi le « point zéro » change tout dans la mesure d’altitude
Chaque pays a historiquement choisi un marégraphe de référence pour définir son zéro altimétrique. Ces points zéro divergent de quelques dizaines de centimètres entre eux, ce qui suffit à générer des écarts mesurables sur les grandes altitudes.
Les campagnes de mesure modernes utilisent désormais un système de référence international calculé à partir du géoïde global – une surface équipotentielle gravitationnelle qui modélise ce que serait le niveau de la mer sous les continents. C’est ce référentiel qui rend comparables des mesures réalisées en différents points du globe.
- Le géoïde est la surface de référence utilisée pour le calcul des altitudes : elle correspond au niveau moyen des océans prolongé sous les continents, calculé à partir de modèles gravimétriques.
- L’altitude orthométrique est la hauteur mesurée par rapport au géoïde – c’est celle qu’on lit sur les cartes topographiques et les fiches officielles des sommets.
- La hauteur ellipsoïdale GPS est la mesure brute du satellite, rapportée à un ellipsoïde mathématique. Elle diffère de l’altitude orthométrique et doit être corrigée avant publication officielle.
Cette distinction explique pourquoi une mesure GPS brute prise au sommet de l’Everest ne correspond pas directement à l’altitude publiée : il faut appliquer une correction liée au modèle du géoïde local, qui varie selon la position géographique.
L’altitude de l’Everest va-t-elle encore changer ?
La réponse courte : oui. L’Everest se soulève lentement sous l’effet de la tectonique des plaques. Les instruments de mesure progressent aussi : chaque nouvelle campagne géodésique affine le modèle du géoïde et peut aboutir à une révision de quelques centimètres.
La mesure actuelle de 8 848,86 mètres restera la référence officielle jusqu’à ce qu’une nouvelle campagne conjointe entre le Népal et la Chine produise un résultat révisé.
Répondre à « quelle est la plus grande montagne du monde » exige donc de préciser d’abord le critère retenu. Selon le référentiel choisi, l’Everest, le Mauna Kea ou le Chimborazo sont chacun légitimement « le plus grand ». Dans l’usage courant et les classements officiels, l’altitude au-dessus du niveau de la mer reste le standard – et l’Everest conserve cette première place.

