Oubliez les idées reçues : le strabisme n’est pas réservé à l’enfance, ni uniquement aux regards fuyants. Cette déviation du parallélisme des yeux, dont le nom vient du grec signifiant « ombragé », bouleverse le quotidien de bien plus de personnes qu’on ne le croit. Dans un regard qui semble hésiter à fixer la même direction, se cache une mécanique complexe où chaque œil devrait bouger de concert, mais parfois, la coordination dérape.
Quels sont les différents types de strabisme ?
Dès que les axes visuels ne sont plus alignés, l’équilibre de la vision vacille. Le cerveau, vite dépassé, tranche : il ignore tout simplement l’image venue de l’œil qui dévie. Résultat, le champ visuel se réduit, on perd en perception du relief et, à force, l’amblyopie pointe. Ce phénomène, perte progressive d’acuité visuelle sur l’œil paresseux, s’installe quand rien n’est fait assez tôt. Un dépistage négligé ou un traitement tardif peuvent conduire à des dégâts irréversibles.
Le strabisme ne porte pas un seul visage. Plusieurs formes existent, avec des caractéristiques bien distinctes :
- L’œsotropie : ici, un œil part vers l’intérieur (on parle de strabisme convergent).
- L’exotropie : à l’inverse, un œil se tourne vers l’extérieur (strabisme divergent).
- L’hypertropie : l’œil grimpe vers le haut.
- L’hypotropie : le regard descend vers le bas.
Certains cas demeurent masqués et passent pour des « phories » : le cerveau compense discrètement, les yeux paraissent alignés. Mais dès que la déviation s’installe en continu, on parle alors de « tropie ».
Comment effectuer un test de strabisme ?
Parfois, l’écart saute aux yeux. Mais il arrive que la déviation soit presque imperceptible sans y prêter une vraie attention. Il existe un exercice simple à faire chez soi pour repérer un éventuel défaut :
- Sur une feuille, dessinez deux cercles identiques, bien droits et espacés horizontalement de quelques centimètres.
- Placez la feuille à une trentaine de centimètres de votre visage.
- Placez un crayon verticalement devant le nez, aligné entre les deux cercles.
- Fixez du regard la pointe du crayon. Si tout va bien, un troisième cercle doit se dessiner entre les deux autres.
- En l’absence de ce cercle central, cela peut trahir un strabisme discret.
Pour obtenir une vraie confirmation, la visite chez l’ophtalmologiste reste incontournable. Ce professionnel s’appuie sur des outils de dépistage fiables, notamment le test de Hirschberg, pour mesurer précisément l’alignement des yeux.
Le test de Hirschberg : comment ça marche ?
Le principe est limpide : le patient fixe un point précis, pendant que le praticien éclaire les yeux d’un faisceau lumineux. Lorsque les deux yeux sont dans l’axe, le reflet de la lumière se loge exactement au centre de la cornée, au-dessus de la pupille. Un reflet qui s’égare sur un œil signifie que l’alignement fait défaut.
Comment se développe le strabisme ?
Le strabisme n’attend pas un âge précis pour se manifester. Certains enfants naissent avec, d’autres voient le problème surgir après quelques semaines ou mois. Parfois, une affection musculaire, une atteinte nerveuse ou un traumatisme plus tardif déclenchent la déviation. Chez les petits de trois à six ans, une hypermétropie non prise en charge fait parfois basculer l’œil vers l’intérieur, ce qui nécessite alors le port de lunettes adaptées.
Il arrive aussi que des causes plus sérieuses soient en jeu. Un trouble neurologique peut être en cause, tout comme une pathologie oculaire dangereuse. Le rétinoblastome, tumeur rare et agressive de la rétine chez le jeune enfant, peut provoquer un strabisme. Dans un tel cas, la détection précoce sauve la vue, parfois la vie.
Comment détecter le strabisme chez un bébé ?
Le strabisme touche autour de 5 % des enfants, sans préférence pour un sexe ou l’autre. Chez le nourrisson, le diagnostic prend deux visages : soit un œil dévie de façon permanente, soit les épisodes sont intermittents.
Quand la déviation s’avère continue, le pédiatre la remarque rapidement lors d’un examen de routine et oriente la famille vers un ophtalmologiste. Si elle n’apparaît que de façon ponctuelle, la détection demande plus d’observation et un œil averti.
Comment corriger naturellement un strabisme ?
Une fois le diagnostic posé, la première approche consiste rarement à opérer d’emblée. La rééducation orthoptique intervient en première ligne : exercices visuels adaptés et lunettes forment un duo souvent efficace pour remettre les yeux sur la bonne voie. Seules les formes persistantes ou résistantes à ces moyens imposeront une intervention chirurgicale.
Quelques faits à connaître sur le strabisme
Il existe une tendance à confondre toutes les catégories de ce trouble, mais chaque cas de Strabisme de l’enfant et de l’adulte mérite une attention particulière. Ce n’est pas qu’un problème d’esthétique : une déviation fixée dans le temps peut entraîner de réelles difficultés au quotidien. Après six ans, si le port de lunettes et la rééducation n’ont pas permis de corriger la déviation, l’intervention chirurgicale devient alors le recours le plus fiable.
Pour cerner l’ampleur du phénomène, voici des données concrètes :
- Le strabisme concerne, en réalité, 2 à 3 % des enfants seulement.
- Il touche autant les filles que les garçons, sans distinction.
- Avant l’âge d’un an, le phénomène reste rare et touche moins de 1 % des nourrissons.
- Souvent, la cause sous-jacente ne peut être identifiée avec certitude.
Opter trop tard pour une prise en charge, c’est courir le risque de voir s’installer durablement le trouble. Un accompagnement précoce donne toutes ses chances à la récupération, et, parfois, offre à l’enfant le droit de regarder droit devant lui sans effort ni malaise.

